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Cet ouvrage de Joseph Itoua écrit en collaboration avec Ghislain Amédée Moussoungou et publié aux éditions Les Lettres Mouchetées (Pointe-Noire en République du Congo) a été présenté et dédicacé le week-end dernier à l’hôtel Africa à Brazzaville.

       Constitué de six chapitres, à savoir Généralités sur la Sape ; Sape et civilisation ; La Sape, une institution culturelle ; Sape et genre féminin ; La Sape, un phénomène planétaire et Sape et pouvoirs publicsn, ce livre de portée historique, sociologique, anthropologique, philosophique et économique, qui se veut être une documentation de la Sape, s’inscrit dans le cadre de l’histoire des pratiques sociales au Congo.

        Son objectif est d’identifier la Sape comme un élément authentique constitutif du patrimoine culturel immatériel (PCI) du Congo-Brazzaville, prélude à son inscription sur la liste représentative du Congo puis au patrimoine mondial de l’humanité. Cette action rentre dans le cadre des dispositions de la convention de l’Unesco de 2003 pour la sauvegarde du PCI, qui prévoit que « chaque état partie dresse de façon adaptée à sa situation un ou plusieurs inventaire du patrimoine culturel immatériel sur son territoire … »

         L’ouvrage de Joseph Itoua et Ghislain Amédée Moussoungou se donne, par ailleurs, l’ambition de fournir une documentation suffisante et pertinente sur l’histoire de la Sape. Il permettra aussi de mettre à la disposition des lecteurs des éléments indispensables à la compréhension de ce phénomène quelque peu insolite, qui ne cesse de susciter de la curiosité, de la réflexion et des investigations d’ordre sociologique, anthropologique ou philosophique. Cet ouvrage participe particulièrement à la promotion du tourisme que la Sape ne cesse d’attirer sur le territoire national. Les données qui ont permis sa réalisation proviennent des enquêtes sur le terrain et dela recherche documentaire.

           Dans ce livre se trouve de textes qui analysent le phénomène de la Sape sous ses différentes facettes : définition, origines, caractéristiques, acteurs, rapports avec la société, rapport avec la culture, etc. Les illustrations des sapeurs en action épousent, dans la plupart des cas, les thématiques développées et s’inscrivent dans le contexte sociogéographique originel de ce phénomène et de sa tendance à l’universalisation. À cet effet, la Sape, selon Joseph Itoua, est une forme d’acculturation née du choc entre la civilisation congolaise et la civilisation française. « Le colonisé a d’abord voulu imiter le colon dans ses pratiques vestimentaires, puis il s’est construit ses propres canons de la mode dans un mouvement de revendication identitaire », a-t-il dit.

         L’origine du mot Sape dans le sens du « dandysme militant à la congolaise » est inconnue. Cependant, beaucoup de sapeurs affirment sans base vérifiable que le terme « Sape » provient de la déviation du sens originel du verbe « saper » qui veut dire : détruire quelque chose à la base par une action progressive et secrète. L’auteur de ce néologisme serait Christian Loubaki, dit Enfant Mystère, qui avait mal interprété les paroles de son patron. Ce dernier lui aurait dit un jour à Paris : « Tel que tu t’es habillé, tu vas saper le moral de tes amis.» Le verbe « saper » utilisé par le patron français n’avait alors rien à avoir avec le fait de bien s’habiller comme l’aurait traduit Loubaki de retour à Brazzaville en 1976.

        Toutefois, coïncidence de l’histoire peut-être, le verbe saper (ou se saper) se définit dans la littérature française dès 1929 au sens familier par s’habiller, d’après le dictionnaire Robert. Mais une chose est vraie : le dandysme congolais, avec ses fantaisies, est bien antérieur à 1976. Par ailleurs, la musique des deux Congo a également amplifié ce courant, en particulier celle de la génération de Papa Wemba de l’ex-Zaïre. La Sape, création du Congo-Brazzaville, a été promue par la musique zaïroise…

Source : adiac-congo.com